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Mes mains sont mes yeux

Sidonie est une fille du Sud née à l’est. Une fille du Sud car tout son travail le dit, gorgé qu’il est de soleil, de rêve et de douceur de vivre. De douceur tout court, tant accrocher une de ses toiles à vos murs, transforme votre intérieur, y insuffle une énergie positive faite d’amour et d’ouverture. De mots d’amour et de bras ouverts… Mais avant que cette jeune femme aux yeux aussi bleus que la Méditerranée ne s’ose à la toile blanche, il a fallu ce parcours. Ce parcours de fille de l’est née à Besançon, dans une jolie ville espagnole traversée par une rivière, le Doubs, qu’elle accompagnait du regard depuis sa chambre d’enfant.

L’enfance son pays, resté prégnante dans ses créations actuelles, à travers son personnage fétiche, SNOOPY, celui de sa trousse d’écolière ou du mug dans lequel elle buvait son chocolat chaud, avant de rejoindre les bancs de l’école. Pas franchement convaincue. Au lieu des exercices de maths, elle faisait des lignes de petits points colorés desquelles elle remplissait ses cahiers…

Bon sang ne saurait mentir, elle intègre la célèbre école de mode, ESMOD, mais ne choisit ni le stylisme, ni le modélisme, elle opte pour le travail des matières: travailler les tissus, assembler les tissus, créer son propre tissu, elle se régale. Elle le dit d’ailleurs en un rire: « Je touche tout le temps! ». Tout et tout le temps. D’abord, elle a la main verte, ensuite elle cuisine et se révèle très vite un fin cordon bleu, nourrissant sa maison de petits plats mitonnés avec amour. L’Amour, ingrédient essentiel de sa recette de vie qu’elle installe donc à deux pas de Saint-Paul-de-Vence avec mari, puis enfants, faisant de sa maison l’atelier géant de ses créations, nées au gré de ses voyages en Italie ou en Corse, ramassant coquillages, cailloux modelés par la caresse des vagues et morceaux de bois flotté, créant des lampes ou des objets de la vie quotidienne. Un intérieur à soi. Une maison douce, à son image.

Puis c’est la rencontre avec un atelier de céramique, le plaisir du toucher exalté, la joie de déjeuner avec ses amis dans ses propres assiettes, mais plus encore d’ouvrir un espace à elle. Un espace de création où elle se rend chaque semaine, retrouvant ses copines d’atelier. La surprise de voir jaillir un objet, de cette main qu’elle ne se savait pas créatrice. Puis arrive la Covid, le confinement et la fermeture de l’atelier. « C’est à ce moment-là, dit-elle, que j’ai réalisée combien créer me manquait ». Elle se dirige soudain vers un placard fourre-tout dans lequel elle redécouvre un cadeau bien inspiré de son cher mari, fait quinze ans plus tôt: trois toiles blanches qu’elle déballe rageusement. Et là, c’est la révélation. Sa frustration lui donne une immédiate direction, poser des mots qui lui sont chers – P’tit bonheur, Ange, Amour, Vie – sur des matières qui le lui sont tout autant, bouts de tissus chargés d’amour comme le pyjama de son fils, le filet de ses précieuses gousses d’ail dont elle relève ses plats de pâtes, ou les emballages cartonnés des plaques de chocolat Nestlé avec lesquelles elle confectionne un gâteau iconique, moelleux à souhait. Tout ce qu’elle a à portée de main s’impose dans ses premières toiles, ses mots se frottent à ceux des autres, parfois des citations comme celle de Camus « Créer, c’est vivre deux fois », celle de Colette « Faites des bêtises mais faites les avec enthousiasme » connue (en dehors de ses livres) pour ses recettes bourrées d’ail ou encore celle de Charles Schulz, père de son fameux Snoopy : « Le bonheur, c’est se réveiller et regarder ».

Texte d’Agnès Bouquet

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